Nathalie Cosson

Après un bac Arts plastiques, un premier cycle de l’école des Beaux-Arts de Nantes et un D.U.Lettres et Arts à Paris VIII, il a bien fallu se rendre à l’évidence : j’avais la certitude d’être artiste, et rien d’autre, mais aucune idée de la forme que cela allait prendre. Entre boulots alimentaires et écriture, je savais que tout cela n’était pas vraiment ce que je cherchais; quelque chose manquait ou n’était pas à sa place. En partant de Paris, un mouvement s’est enclenché. Retrouvant un lien à la nature que j’avais perdu depuis l’enfance, peu à peu, lentement, chaque expérience, chaque apprentissage, chaque erreur même, a commencé à faire sens et à dévoiler ce qui pour moi serait la
pratique artistique. J’ai tout d’abord commencé à travailler avec des matériaux naturels à l’atelier, mais cela ne suffisait pas, il a fallu sortir, quitter la protection illusoire des murs et s’exposer aux éléments. S’exposer aussi à l’Autre, ne plus se cacher, trouver sa place exacte d’artiste. A cet endroit-là, chaque nouveau projet est pour moi la porte que je franchis vers de nouvelles rencontres, de nouvelles résonnances, de nouveaux liens à créer…
Le principe de non-apparition pourrait s’appliquer à bien des travaux qui cherchent à s’écarter le moins possible des caractéristiques du site choisi. En utilisant des matériaux naturels en particulier, mais également en conservant quelque chose de primitif ou d’archaïque dans la manière de les travailler ou de les mettre en œuvre, il s’agit de disparaître autant que possible en tant que fabricant. Pourtant, l’installation même, située en extérieur, cherche à apparaître, discrètement mais assurément comme œuvre, elle cherche à faire apparaître ce qui n’est jamais donné, ce qui ne peut exister en dehors du spectateur, ce quelque chose qui vit, qui demande que l’on s’arrête, que l’on fasse silence et qui ne porte aucun nom… En apparaissant le moins possible en tant qu’artiste, en intervenant dans un espace loin de tout contexte artistique, il propose une lecture différente du lieu ou des objets qui s’y trouvent. Il s’agit là d’une manière d’être au monde qui agit en symbiose avec l’environnement. Dès lors, l’œuvre apparaît au fur et à mesure des découvertes, on peut dire des révélations : telle pierre, telle mousse, tel morceau de bois trouve soudain une place très précise, re-trouve l’endroit exact de sa « révélation »; d’où l’importance du faire, du lent, du répétitif, du geste primitif, mise en œuvre parfaitement adaptée au questionnement sur la place d’une œuvre réalisée in situ, recherche tâtonnante

Œuvre : Domus : mot latin signifiant maison.
D’une forme rappelant la hutte primitive, ces cabanes dans lesquelles on ne peut pénétrer procèdent de l’idée d’un condensé de vie ; à la fois volumes plus ou moins denses capables de protéger sans enfermer, structures immobiles mais éphémères et abris solitaires appelant la communauté, elles jouent avec l’environnement dans un système d’écho.
Perméables, ouvertes à tous les vents, l’enchevêtrement des branchages et des matériaux offre de multiples passages, des points de respiration, endroits d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur, voies d’entrée de l’air, de l’eau et de la lumière.

Site Internet : www.nataliecosson.com