Jean- Jacques Lapoirie

Exerce son art à travers plusieurs moyens d’expression. Il passe avec aisance du support plat, (en l’occurrence des panneaux de particules de bois qu’il grave et peint), à des assemblages de bois polychromes, tridimensionnels, réalisés à partir d’éléments manufacturés déstructurés et recomposés. Il réalise, par ailleurs, des œuvres en pâte à papier, selon une technique personnelle. Pour Lapoirie, créer, c’est faire le choix d’emprunter un chemin singulier qui parfois lui fait revisiter et redécouvrir des lieux déjà explorés, avec un regard différent ; c’est rendre objet concret ce qui est songe, rendre visible et se rendre visible, à soi même d’abord, puis aux autres. C’est tenter de faire surgir ce qui est enfui dans les profondeurs de l’esprit. C’est formuler le ressenti par un langage personnel. Son travail est moins fondé sur un a priori de l’intellect que sur l’intuition. Il se sent proche du musicien et n’a qu’assez rarement recours à l’apparence du réel dans ses œuvres. J-J Lapoirie est né dans l’est de la France en 1934. Il peint depuis son enfance. Il a fait ses études à l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués Boulle à Paris où il a ensuite enseigné la sculpture et « l’espace de communication ». Il a participé à de nombreuses expositions en France et à l’étranger.
Vers une nouvelle « Poétique de la pierre»:De la pierre est passée dans le bois, du bois est passé dans la pierre. De la pierre ou du bois, quelque chose s’insinue, s’infiltre et se confond. Dans les veines de la pierre et du bois des signes « hors-langue » précisent leurs formes. Jean-Jacques Lapoirie est passé maître en phrasé des veinules, il en dresse un catalogue toujours renouvelé.
Une couleur se pétrifie, se fixe : celle à laquelle l’intelligence des tâtonnements donne la préférence. Ce qui est rongé de l’intérieur remonte à la surface. Sculpteur, Jean-Jacques Lapoirie la révèle et y grave les signes qui comptent. Il a su éviter deux écueils : celui des concepts à la mode et celui d’une décoration qui traduirait la nostalgie d’un passé révolu.
D’où proviennent ses propositions ? D’une pratique artisanale de la sculpture, de la fabrication du papier et d’objets divers. Leur exposition déplace les lignes, elle transforme les représentations en des motifs dont les références s’éloignent, rompant leurs amarres.
On peut suivre le parcours du graveur sur la matière de sa plaque. Il creuse — au sens propre et au sens figuré — un sillon qui est le sien dans le lacis des sentiers possibles. Jean-Jacques Lapoirie construit des espaces hybrides, par un dispositif de productions foisonnantes, afin de perdre ses repères – tout en préservant la surprise.
Sortie du bois, sortie de la pierre, on peut évoquer ici la déterritorialisation et les mouvements propres au règne naturel : aux saumons, aux sauterelles, aux tempêtes solaires ou magnétiques… D’une matière organisée dans ses frictions, ses modifications infiniment variées, Jean-Jacques Lapoirie donne à voir les « résultantes » : un moment donné de la pointe acérée qui ouvre l’impatience d’un tourbillon, de flux, de courants. Il déplace les modes d’emboîtement en instaurant les combinatoires d’univers possibles.

Oeuvre: La Toile d’Araignée – installation : fil nylon